Le RCD est mort, vive le RCD !

28 Mars 2011 

Comme dernier baroud d’honneur, le RCD n’a passé l’arme à gauche qu’en emportant dans sa chute Monsieur Farhat Rajhi, Ministre de l’Intérieur, celui-là même qui lui a porté deux coups mortels. D‘abord, le 6 Février 2011 (demande de dissolution, suite de l’arrêté motivé du Ministère de l’Intérieur) et ensuite, le 21 Février 2011 (requête auprès du tribunal de première instance de Tunis pour la dissolution du RCD). Telle une bête blessée à mort, le RCD, dans un dernier réflexe de survie, a complètement fauché notre « Monsieur Propre » national. Mission accomplie ? Fortuite coïncidence ? Manœuvre du palais ? Diktat du bâtiment gris ? Impératif sécuritaire ? Raison d’Etat ? Subterfuge politique personnel ? Allez savoir pourquoi le couple royal a tenu d’entacher ce bel enterrement du RCD par un tel assassinat ministériel, aussi imprévisible qu’incompréhensible, qui plus est dans une logique d’omerta digne de Ben Ali ! Je croyais, peut-être trop benoîtement, que la révolution tunisienne a coupé court à ces pratiques longtemps fustigées d’opacité et  de loi du silence.  L’opinion publique tunisienne ? On s’en tape ! 

Revenons à notre mouton égorgé et nos autres brebis galeuses  ! Dissout, le 9 Mars 2011, à la grande liesse populaire, suite à l’annonce du jugement en différé prononcé par le tribunal de première instance de Tunis, le RCD a tenté, dans un ultime sursaut, de repousser l’échéance fatale avant de rendre l’âme et les arme, après le coup de grâce que la cour d’appel a exécuté le 27 Mars 2011 en rejetant le recours en appel pour vice de forme. Comme quoi le RCD et le vice restent inséparables même dans l’agonie. Après tout, le RCD n’était-il pas père de tous les vices ?! 

Pourtant, décédé en tant qu’entité, le RCD n’en continue pas moins de vivre à travers ses fragments et ses fractions. Si son corps est complètement décomposé, le RCD semble encore respirer par certaines neurones et fibres musculaires encore intactes. Ses orphelins et autres chômeurs politiques qu’il a laissés en rade font aujourd’hui soit preuve d’instinct de survivance en créant des partis politiques, soit l’objet d’une offensive de charme de la part d’autres partis politiques, de tous bords, soucieux d’élargir leur base populaire. Un tel gisement d’électorat ne peut que rameuter les charognards politiciens en manque de partisans. Encore un paradoxe tunisien : On braille haut et fort pour abattre définitivement le RCD mais on n’éprouve aucune gène, politique ou morale, à s’en  partager le cadavre, à coup d’exercices de style ou de séduction ! Il y a quelque chose de morbide dans cette course cannibale ! 

Par conséquent, s’il est bien mort juridiquement, le RCD conserve politiquement de beaux restes. Comme quoi, il y en a qui préfèrent fouiner dans la poubelle de l’histoire ou la friperie politique juste habiller leur squelette idéologique et compenser leur anémie partisane 

Des brocanteurs hors pair, à faire pâlir de jalousie les ferrailleurs de « Lihoudia » ou les chiffonniers de  « Hafsia !